The World Bank/WBI’s CBNRM Initiative
Case Received: February 5, 1998
Author: Mamadou Diallo, Hauts-Bassins Regional Water Department
Telephone: +226 97 1548
Fax: +226 98 0390
BURKINA FASO
PROGRAMME DE VALORISATION DES RESSOURCES
EN EAU DANS LE SUD-OUEST (RESO)
DONNEES DE BASE
Localisation: Les Provinces du Sud-Ouest du Burkina Faso entourant Bobo-Dioulasso (seconde ville du pays) ; Bougouriba, Comoé, Houet, Kénédougou, Poni, Tuy, Léraba, Ioba et Noumbiel, représentant 1/5 de la superficie du pays, soit 60 000 km2, et 2 millions d’habitants environ.
Le Ministère de l’Environnement et de l’Eau est Maître d’ouvrage et la Direction Générale de l’Hydraulique est Maître d’oeuvre. La Direction Régionale de l’Hydraulique des Hauts-Bassins agit en tant que Maître d’oeuvre délégué et ; son Directeur est Chef du Programme.
Le budget total est de 15 millions d’ECU (environ 100 millions de FF), financé par une aide non remboursable sur les ressources du 7ème FED (Union Européenne). Le programme sera réalisé sur une période de 6,5 ans, soit jusqu’au 31 décembre 1999.
Le programme est structuré en cinq composantes :
- une division Schéma Directeur et Planification (structure transversale aux autres composantes) - 2,5 % du budget ;
- un Sous-Programme Ressources en Eau (chargé d’améliorer la connaissance et de modéliser les ressources en eau) - 6,5 % du budget ;
- un Sous-Programme Valorisation des Ressources en Eau (chargé d’appuyer des innovations dans la promotion économique et la gestion contractuelle des ressources en eau) - 11 % du budget ;
- un Sous-Programme Hydraulique Semi-Rurale (chargé de mettre en place un service durable d’eau potable pour les usagers des gros centres ruraux) - 21 % du budget ;
- un Sous-Programme Hydraulique Rurale (chargé de mettre en place un service durable d’eau potable en milieu rural) - 59 % du budget.
Le programme recouvre donc les trois thèmes principaux de la conférence :
- connaissance des ressources en eaux et de leurs usages (le SP Ressource en Eau),
- outils juridiques et institutionnels, et formation (les cinq composantes),
- planification et financements (la Division SDP, et pour les financements, les SP Valorisation des Ressources en eau, Hydraulique Semi-Rurale et Hydraulique Rurale).
Les domaines d’intervention sont :
- l’alimentation en eau potable,
- l’irrigation,
- l’environnement,
- et la gestion intégrée des ressources.
Les milieux d’intervention sont :
- urbain (Bobo-Dioulasso est la deuxième ville du pays avec 350 000 habitants; le SP Valorisation des Ressources en eau a des intervention en irrigation péri-urbaine),
- centres secondaires (avec le SP Hydraulique Semi-Rurale),
- milieu rural (avec les SP Hydraulique Rurale et Valorisation des Ressources en Eau).
PROGRAMME DE VALORISATION DES RESSOURCES
EN EAU DANS LE SUD-OUEST (RESO)
Etant donné le délai de réponse, cette fiche est proposée sans aucun effort de rédaction, simplement en vue d’une éventuelle sélection. Si le programme RESO retenait l’intérêt du Comité de Pilotage de la Conférence, un texte mieux rédigé serait alors proposé.
Le Programme RESO mobilise une cinquantaine de personnes (Ingénieurs, scientifiques, Animateurs, Informaticiens...) et une dizaine de Consultants (de longue et de courte durée), et ce depuis 1993. Aussi, cette courte présentation aura du mal à restituer toute la richesse de ce programme particulièrement innovant et intégré.
60 000 km2, soit 1/5 de la superficie du pays Région la plus arrosée de ce pays sahélien, comprenant notamment les deux cours d’eau pérennes du pays. Fortes migrations démographiques en cours, suite à l’irradiation de l’onchocercose et à la présence de fortes potentialités en eau et en sols.
-de fortes potentialités de valorisation agricole, mais déjà des situations locales de pénuries d’eau et de conflits d’usage, et de mauvaise utilisation des ressources en eau et en sol.
Le programme a pour but de contribuer à la mise en valeur du potentiel hydrique des Provinces du Sud-Ouest du Burkina Faso, en accord avec les objectifs de la stratégie globale en matière d’environnement et d’eau définie par le Gouvernement du Burkina Faso.
Ses objectifs sont :
- l’amélioration de l’AEP des populations rurales et semi-rurales dans un cadre qui assure la pérennité des aménagements et des équipements,
- la valorisation des aménagements et des équipements grâce entre autres à des appuis aux initiatives de base,
- le renforcement de la capacité décentralisée de planification au niveau régional, en particulier par la formation de personnels en vue d’aboutir à l’autonomie pour le suivi «post-programme».
Le Sous-Programme Ressource en Eau
Objectif global: améliorer la gestion et la protection des ressources en eau dans le SW.
Objectif spécifique: améliorer de manière significative les connaissances sur les ressources en eau, sur le potentiel productif et sur les contraintes qui s’y rattachent.
Innovations attendues :
-insertion d’une équipe de scientifiques au sein d’équipes très opérationnelles,
-animation d’une équipe scientifique pluridisciplinaire: Géologue, Hydrogéologue, Hydrologue, Pédologue, Ecologue...,
-collecte, archivage et analyse des données physiques et socio-économiques, notamment à travers des outils scientifiques de modélisation hydraulique,
-«découverte» de nouvelles ressources mobilisables,
-plan d’intervention pour la protection de la ressource.
Résultats obtenus ou en cours d’obtention
- un inventaire des ressources en eau en 13 dossiers sectoriels (données générales, ressources en eau de surface, ressources en eau souterraine, hydraulique agricole, hydraulique pastorale, hydraulique urbaine et semi-rurale, hydraulique villageoise, hydraulique industrielle, problèmes et conflits, initiatives de base et privées, impact environnemental et assainissement, télédétection, synthèse et diagnostic), accompagnés de fiches d’enquêtes sur la totalité des 1 980 villages de la zone, de cartes scientifiques et socio-économiques au 1/200 000ème, et de bases de données associées à un SIG,
-un ensemble d’études spécifiques en géologie, hydrogéologie, hydrologie, pédologie et écologie, en vue d’affiner les connaissances sur des sites particuliers,
-un diagnostic des pratiques et des outils scientifiques utilisés sur le Programme RESO, en matière d’hydrogéologie, hydrologie, pédologie et écologie, l’étude de leur amélioration, et le début de la mise en oeuvre de cette amélioration,
- le démarrage de la modélisation des ressources en eau, avec l’utilisation des logiciels Hydrom, Pluviom, Hydram, Modilac et bientôt Géolab.
Objectif global: Promouvoir le rôle économique de l’eau et contribuer à la mise en place d’une économie de l’eau au niveau régional.
Objectif spécifique: renforcer au niveau régional les capacités d’initiatives et d’actions productives et cohérentes des acteurs du secteur de l’eau par :
- le soutien et la promotion des initiatives de base,
- l’appui à une meilleure gestion de l’eau et des infrastructures dans une perspective de recouvrement des coûts et d’économie des ressources en eau,
- la mise en place de dispositifs et cadres permanents de concertation structurée des acteurs sur les usages de l’eau.
Innovations attendues :
- créer un environnement favorable aux initiatives de base et les appuyer,
- améliorer leur capacité d’auto-financement et leur accès aux sources de financement,
- élargir le marché régional des biens et services dans le secteur de l’eau,
- mettre en place des cadres contractuels de gestion des infrastructures hydrauliques et de l’eau.
Résultats obtenus ou en cours d’obtention:
- promotion de la demande et des montages financiers participatifs : animation de rencontres départementales périodiques, mise en place d’une banque de données sur les demandes d’intervention (1 445 demandes reçues au 30 juin 1997, don 1 617 forages neufs, 232 puits neufs, 91 forages à réhabiliter, 53 puits à réhabiliter,115 retenues d’eau, 25 aménagements de bas-fonds, 64 puits pastoraux, 4 jardins maraîchers, 24 mini-AEP,
- appui à la petite irrigation ; synthèse méthodologique, aménagements de 3 bas- fonds (étude de faisabilité, montage financier participatif, réalisation),
- micro-réalisations hydrauliques : 3 puits pastoraux, 5 jardins maraîchers, soutien aux activités féminines (faisabilité, montage financier participatif, réalisation),
- appui au financement des initiatives de base (capitalisation des montages financiers participatifs, création d’une banque de projets et promotion périodique auprès des bureaux d’études, des entreprises et des organismes financiers intervenant localement),
- appui aux Maîtres d’ouvrage locaux et aux programmes partenaires intervenant dans la zone, en matière de gestion et de valorisation de l’eau,
- mise en place de conventions de gestion des infrastructures et de l’eau (faisant intervenir des acteurs privés) sur les grands périmètres irrigués anciennement réalisés par l’Etat (Vallée du Kou, Banzon, Karfiguéla) : diagnostic concertation et montage institutionnel, négociation et signature des conventions, mise en oeuvre,
- mise en place des comités de bassin de la Comoé et du Kou : montage réglementaire installation du comité, préparation et tenue des sessions ordinaires (déjà depuis plusieurs années dans le cas de la Comoé).
Le Sous-Programme Hydraulique Semi-Rurale
Objectif global: alimentation en eau potable des populations des gros villages ruraux (2 000 à 20 000 habitants), selon des modalités renforçant la décentralisation et la mise en place d’une économie de l’eau.
Objectif spécifique: mettre en place un service durable d’eau potable pour ces usagers.
Innovations attendues:
- créer de nouveaux comportements pour :
- développer la valeur marchande de l’eau et assurer ainsi le financement des AEPS (approvisionnement en eau potable simplifié) qui coûtent plus cher que l’hydraulique villageoise classique,
- monter les projets : identification et formation de la maîtrise d’ouvrage, montage financier participatif pour l’investissement puis pour la maintenance et le renouvellement, contractualisation de la gestion...
Résultats obtenus ou en cours d’obtention:
- étude de faisabilité technique et économique, montage financier participatif, mise en place de l’association des usagers et du comité de gestion, négociation et signature de contrats d’exploitation et de maintenance, réalisation et démarrage de l’exploitation, suivi rapproché de l’exploitation et de la gestion financière de :
. 6 AEPS à énergie solaire et à gestion communautaire, . 1 AEPS à énergie thermique et gestion en régie municipale,
- même procédure de montage et d’animation, en cours pour 23 autres AEPS dont un lot de 11 devrait être achevé dans les mois qui viennent. Pour ces derniers, un mode de gestion par affermage a été étudié et sera testé.
Le Sous-Programme Hydraulique Rurale
Objectif global: alimentation en eau potable en milieu rural, selon des modalités renforçant la décentralisation et la mise en place d’une économie de l’eau.
Objectif spécifique: mettre en place un service durable d’eau potable en milieu rural.
Innovations attendues:
- responsabiliser les villageois sur la maintenance,
- assise juridique et financière des Comités de Points d’Eau,
- une nouvelle approche de la maintenance, en tant qu’activité de services à part entière,
- assurer le financement de l’investissement et de la durabilité des installations.
Résultats obtenus:
- suite aux demandes d’intervention reçues puis sélectionnées, toutes les enquêtes de milieu et les études de faisabilité ont été faites,
- 435 contrats négociés et signés (de création ou de réhabilitation, de forages ou de puits modernes), sur les 570 prévus dans le programmes,
- 250 forages neufs sur les 360 prévus au programme,
- 70 forages réhabilités sur les 150 prévus au programme,
- 15 puits modernes neufs sur les 25 prévus,
- 10 puits modernes réhabilités sur les 22 prévus,
- 07 puits pastoraux sur les 12 prévus,
- 400 pompes en cours de réhabilitation,
- les Comités de Points d’Eau sont progressivement mis en place, formés et suivi,
- les engagements financiers des villages sont vérifiés,
- conception collective d’une nouvelle approche de la maintenance, avec l’appui d’un industriel de la maintenance.
La Division Schéma Directeur et Planification
Objectif global: décentralisation des modalités de planification, gestion et financementdes interventions dans le secteur de l’eau et dans une perspective de développement durable,
Objectif spécifique: élaborer un plan concerté de gestion des ressources en eau dans le Sud-Ouest (le SDAGRESO ou Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des ressources en eau du Sud-Ouest).
Innovations attendues:
- l’approche environnementale par bassin versant (le Sud-Ouest sert ainsi de région pilote pour la nouvelle politique nationale de l’eau),
- et la méthode de planification stratégique concertée.
Ce Schéma Directeur sera l’élément central de la politique régionale de l’eau, sur les plans technique, administratif, juridique, économique et financier. Il définira tout à la fois :
- le cadre d’une stratégie à long terme pour l’utilisation et la protection des ressources en eau,
- des principes et des procédés de gestion. Outil de réflexion, d’innovation, de capitalisation et de planification, le SDAGRESO est innovant car ancré sur trois piliers :
- les aspects scientifiques et techniques,
- les aspects institutionnels et organisationnels,
- les aspects de financement.
Résultats obtenus ou en cours d’obtention:
- élaboration collective d’une méthodologie de planification stratégique et concertée,
- réalisation d’une étude institutionnelle élargie, préliminaire à la concertation,
- élaboration d’une stratégie informatique et mise en oeuvre,
- mise en place d’une équipe de prospective et de planification, en synergie avec les équipes scientifiques et opérationnelles,
- appropriation de l’inventaire par les acteurs de la planification concertée,
- installation d’un centre de documentation,
- élaboration collective des diagnostics par bassin versant,
- lancement d’études complémentaires macro-économiques,
- conception et montage de la concertation du SDAGRESO.
La dynamique et la conception du programme
La force et la solidité du Programme RESO tiennent à sa construction d’origine :
- plusieurs Sous-Programmes d’actions concrètes sur le terrain, qui sont l’occasion de tester en vrale grandeur des innovations dans la maîtrise et la valorisation des ressources en eau,
- et une intention de capitaliser ces innovations au sein d’une planification stratégique, intention qui s’est concrétisée par l’installation de la division transversale de planification en mars 1997.
Aujourd’hui, les équipes ont accumulé des acquis sur le terrain et un savoir-faire de capitalisation qui convergent clairement au sein du processus de planification.
L’implication croissante des partenaires
La concertation vise la prise de conscience progressive d’acteurs qui n’ont pas l’habitude de débattre ensemble, et qui parfois se méfient les uns des autres.
La concertation est un outil permettant le basculement de la méfiance vers la confiance.
Elle vise progressivement les cercles différents de partenaires qui sont:
- les équipes internes du Programme RESO,
- les partenaires institutionnels ou organisés de la Direction Régionale de l’Hydraulique,
- les populations de la zone RESO, avec lesquelles la concertation a déjà commencé certes timidement - sous des formes multiples (réunions départementales, séances d’animation et de formation des Comités de Points d’Eau, comité de bassin de la Comoé et du Kou...).
L’étude institutionnelle a eu comme retombée majeure l’implication de la Direction et des équipes dans le processus du SDAGRESO.
La concertation du SDAGRESO, en cours de montage, a pour objectif majeur l’implication des partenaires du Programme RESO dans le processus de planification.
L’actuelle montée en puissance de la maîtrise d’oeuvre sociale (dite encore animation) au sein de tous les Sous-Programmes vise essentiellement l’implication des populations.
L’internalisation des savoir-faire
Démarré en 1993, largement remanié en 1996, le Programme RESO connaît aujourd’hui, à deux ans de son achèvement :
- un basculement dans les résultats des équipes et dans leur impact, notamment vers la capitalisation et le processus de planification,
- un basculement dans la visibilité des enjeux du programme,
- et un basculement dans l’internalisation du processus du SDAGRESO.
La dynamique d’internalisation burkinabè des savoir-faire est en train de se produire, au moins à trois niveaux pour l’instant :
- d’abord, il s’agit de l’internalisation du processus de planification par la Direction du programme,
- ensuite, l’internalisation est en train de se produire, par les équipes du Sous-Programme Ressource en Eau, concernant le suivi environnemental des ressources en eau et les outils scientifiques d’aide à la valorisation et à la gestion durable de l’eau,
- enfin, l’internalisation est en train de poindre, par les équipes de maîtrise d’oeuvre sociale, concernant le sujet spécifique de la maintenance. Ceci serait alors une porte d’entrée majeure pour impliquer les populations dans une dynamique de changement comportemental vis-à-vis des ressources en eau, dans un rapport de confiance entre eux et leurs futurs prestataires de service du secteur de l’eau.
Ainsi, le transfert de savoir-faire généré par le Programme RESO dépasse le cadre strict des équipes permanentes du programme (fonctionnaires de la Direction Régionale de l’Hydraulique). La notion de transfert de savoir-faire est interprétée dans un sens beaucoup plus large que le savoir-faire des équipes impliquées directement dans le programme. Ce transfert vise le public plus large et relativement plus pérenne des partenaires du programme et des populations ciblées par le programme, en visant plus un transfert de nouveaux comportements qu’un transfert de savoir-faire figé et rapidement obsolète.
LES DIFFICULTES RENCONTREES PAR LE PROGRAMME
Les difficultés sont liées au caractère très innovant et très internalisé du programme.
En effet, il n’y a pratiquement pas de références, de repères pour guider un tel exercice de planification stratégique concertée des ressources en eau dans un contexte de pays en développement et en région sahélienne.
La première difficulté majeure a été d’ordre pratique : le programme a eu beaucoup de difficultés à trouver des bureaux d’études et des consultants capables de comprendre les objectifs du programme dans leur intégralité et de jouer la carte de l’innovation.
Cette difficulté s’est traduite par des relations relativement conflictuelles avec un certain nombre de prestataires du programme. Cette difficulté a cependant été tempérée par une grande compréhension du bailleur de fonds, qui a été enthousiasmé par le caractère profondément internalisé du programme par les acteurs locaux.
La deuxième difficulté majeure est d’ordre conceptuelle : l’expérience récente des SDAGE français aurait pu être utile. Or les SDAGE français se révèlent être des instruments de planification taillés pour une Agence de l’Eau à la française, c’est-à-dire un instrument de planification pour la gestion financière et réglementaire de la politique régionale de l’eau à l’échelle d’un très grand territoire, dans un pays fortement réglementé, bien arrosé et dominé par les préoccupations de pollution.
Leur méthodologie est d’une utilité réduite pour un pays où la réglementation de l’eau est encore floue et inefficace, où les enjeux sont d’abord la valorisation des ressources en eau car les pollutions restent encore très localisées, et où la concertation structurée et la négociation des usages sont encore à apprendre.
EXPERIENCE DE MISE EN PLACE ET D’ANIMATION AU BURKINA FASO D’UNE STRUCTURE LOCALE DE GESTION INTEGREE ET CONCERTEE DES EAUX D’UN BASSIN HYDROGRAPHIQUE.
Au Burkina Faso, pays agricole et sahélien, la disponibilité d’une eau abondante et de qualité, pour les besoins de la vie, du développement et de l’environnement est un problème majeur auquel il importe d’accorder une attention soutenue. A cet égard, le contexte naturel du sud-ouest et particulièrement son capital eau, constituent une opportunité de développement qu’il convient de concrétiser .
Le contexte du Sud-Ouest du Burkina ainsi que ses caractéristiques hydrauliques et humaines ont conduit à retenir quatre bassins hydrographiques comme référence préliminaire pour la planification et la gestion des ressources en dans le sud-ouest.
Les bassins versants retenus pour cet exercice sont ceux de la Comoé, du Banifing, du Mouhoun supérieur et du Mouhoun inférieur.
Le bassin du Mouhoun Supérieur: un bassin versant porteur d’enjeux majeurs pour les acteurs et la politique de l’eau et qui appellent la mise en oeuvre d’une approche globale, concertée et intégrée d’aménagement et de gestion des ressources en eau.
Ce bassin versant a une superficie de 19470 km² et une pluviométrie moyenne de 900 mm.Il englobe la plus grande partie de la zone sédimentaire constitutive de la bordure Sud-Est du Bassin de Taoudeni qui abrite de nombreuse sources dont les plus connues sont les sources de Nasso avec la célèbre Guinguette ainsi qu’une zone d’artésianisme. On y rencontre de nombreux cours d’eau pérennes.
Ces cours d’eau et leurs nappes d’origine ainsi que différentes nappes alluviales sont exploités entre autre pour l’alimentation en eau potable et l’irrigation de plus 2000ha dans les vallées du Kou et du Plandi et d’environ 3000ha dans la vallée du Sourou.
Les principales problématiques en matière d’eau sont:
-une faible efficience économique et financière des productions et services liés à l’eau;
-une forte demande d’équipements d’eau potable face une capacité d’investissement public limitée;
-des conflits d’usage des ressources en eau entre d’une part, l’alimentation en eau potable et les productions irriguées et d’autre part, entre zones de production irriguées;
-une non maîtrise de l’impact des productions irriguées et de l’activité industrielle sur les ressources en eau et en terres ainsi que les écosystèmes aquatiques;
Les acteurs du secteur de l’eau dans le sous-bassin du KOU ont entrepris depuis 1987 au moins, dans le cadre de la recherche de solutions acceptables aux conflits d’usage et pour la maîtrise des impacts sur le milieu des déchets liquides et solides dangereux et toxiques, une concertation structurée et constructive au sein notamment de la Commission Provinciale d’Aménagement du Territoire de la province du HOUET qui a permis:
* de préparer et de faire adopter une disposition réglementaire relative à la mise en oeuvre concrète de la gestion concertée et intégrée des ressources en eau dans le sous-bassin du KOU;
* de préparer et faire adopter une disposition réglementaire relative à la protection des sources de NASSO notamment celles captées pour l’alimentation en eau potable de la ville de Bobo-Dioulasso;
* d’initier un mouvement local d’appui à la réduction des pollutions et nuisances résultant de l’activité urbaine et industrielle;
PRESENTATION DU SYSTEME D’EAU DU BASSIN DU KOU
Le bassin du Kou est l’espace géographique qui contient le système d’eau associé à la rivière Kou et aux sources de Nasso. Ce sous-bassin du Mouhoun Supérieur a une superficie de 1860 Km2. La population résidente est estimée à 435.000 habitants en 1996 ; le bassin du Kou abrite par ailleurs l’agglomération urbaine de Bobo-Dioulasso seconde ville du Burkina Faso.
C’est donc par excellence un lieu privilégié d’expression et de satisfaction des besoins en eau pour les hommes qui y vivent, pour leurs activités productives et pour l’environnement. C’est là que tout naturellement ces hommes sont interpellés quant à la nature des relations qu’ils ont établies entre eux pour l’usage de l’eau et sa protection dans l’intérêt des générations actuelles et futures.
Le bassin du Kou est en somme le lieu principal où peut et doit se construire une solidarité et une unité d’action de ces usagers par la concertation autour des problèmes actuels et à venir pour la satisfaction de leurs besoins en eau.
LES PROBLEMES ACTUELS D’UTILISATION DES EAUX DANS LE BASSIN DU KOU
Les campagnes de production agricole irriguée dans le bassin du Kou sont depuis 1980 émaillées de conflits plus ou moins graves liés à la satisfaction des besoins en eau d’une part, d’un périmètre rizicole d’environ 1.000 ha et d’autre part, des exploitants maraîchers installés le long du cours d’eau, principalement ceux situés en aval de la prise d’eau du périmètre à DIARADOUGOU.
Ces conflits se déroulent dans un contexte singulier: En effet, le débit de saison sèche de la rivière Kou est lié principalement aux apports des sources de Nasso après prélèvement de l’eau nécessaire à l’alimentation en eau potable des habitants de Bobo-Dioulasso.
Cette situation peut être visualisée de la manière suivante :
Alors que le déficit actuel est estimé à 250l/s, il atteindra vraisemblablement 500l/s en 2010.
Le chiffre d’affaires annuel des productions et services marchands liés à la mobilisation des ressources en eau est estimé en moyenne à 8 milliards de Fcfa.
En outre, en différentes parties de ce système d’eau, surviennent des pollutions accidentelles des eaux dont les effets sont la mort de poissons et des atteintes certaines à la santé des usagers de ces eaux.
En dépit donc de l’importance communément admise des eaux dans cette partie du territoire, une situation concurrentielle voire conflictuelle dans l’utilisation des eaux s’est définitivement établie ; de même, les activités urbaines et industrielles dans l’état actuel, apparaissent comme une menace réelle à la préservation de la qualité des eaux.
Au total, des pratiques actuelles d’utilisation de l’eau dans le bassin, portent des germes d’atteintes graves à la vie sociale et économique et à l’hygiène du milieu.
LE COMITE DE GESTION DU BASSIN DU KOU : UN ABOUTISSEMENT DE LA DYNAMIQUE DE CONCERTATION DES USAGERS DANS LA RECHER-CHE D’UNE SOLUTION ACCEPTABLE AUX PROBLEMES D’UTILISATION DE L’EAU.
Devant l’acuité des problèmes et des conflits, les autorités politiques et administratives ont entrepris depuis 1987, de rechercher avec les usagers directement concernés, les voies et moyens de circonscrire les menaces résultant de la situation.
Ainsi courant 1987, à l’initiative du projet d’appui à la coopérative du périmètre irrigué de la Vallée du Kou, une concertation entre différents ministères intéressés et les autorités politiques et administratives locales a abouti à la mise en place d’une commission provinciale avec pour tâche d’imaginer des solutions aux conflits dans l’utilisation des ressources en eau. La commission provinciale aux termes des investigations menées par les deux commissions qu’elle a créées pour l’étude approfondie des aspects ressources en eau, exploitation agricole et socio-économique, a proposé entre autre, la création par l’autorité provinciale d’un comité ad’hoc de contrôle de l’utilisation des eaux du Kou.
Sous l’impulsion des Directions Régionales chargées des ressources en eau et de la planification et du projet d’appui à la coopérative de la Vallée du Kou, différentes personnes physiques et morales identifiées pour constituer le comité ad’hoc ont, courant février 1990 discuté et adopté deux projets d’arrêté : l’un portant création d’un comité ad’hoc de contrôle de l’utilisation des eaux du Kou ; l’autre portant application de mesures transitoires pour l’utilisation des eaux du Kou. Ces projets d’arrêté malgré un suivi assidu n’ont pu être ratifiés par l’autorité locale de l’époque.
Cependant, sur la base des orientations ainsi dégagées, des avancées significatives ont été réalisées dans la connaissance des ressources en eau et la préparation d’options pour leur mobilisation et gestion dans la perspective de résolution des conflits et des problèmes de pollution.
Ce sont ces avancées qui ont permis la relance du projet d’extension des installations d’alimentation en eau potable de la ville de Bobo-Dioulasso d’un coût de 14,1 milliards de FCFA sur la base de l’engagement du Gouvernement de promouvoir d’une part, une approche prenant en compte tous les usagers et la concertation de tous les acteurs et d’autre part, la protection des eaux. Cet engagement a été concrétisé grâce à l’action soutenue de la Commission Provinciale d’Aménagement du Territoire de la Province du Houet (CPAT/HOUET).
Ainsi en juillet 1995, pour faire suite à la requête de l’Office National de l’Eau et de l’Assainissement dans le cadre de la levée des conditionalités pour le financement par la KFW du projet d’extension des installations d’alimentation en eau potable de Bobo-Dioulasso, la Commission Provinciale d’Aménagement du Territoire a réactualisé les projets d’arrêté de 1990.
Il a été entrepris parallèlement une campagne d’explication des textes auprès de certains des usagers notamment les maraîchers et les riziculteurs du périmètre de la Vallée du Kou.
Cette action a permis d’intégrer les préoccupations de ces acteurs dans la finalisation des projets d’arrêté qui ont été soumis par le Ministre de l’Administration Territoriale à la ratification conjointe avec les Ministres chargés de l’Agriculture, de l’Environnement et de l’Eau.
Les concertations entre les différents départements ministériels ont abouti à l’autorisation de la promulgation par le haut-commissaire de la Province du Houet, de l’arrêté portant création, organisation et fonctionnement du Comité Provisoire de Gestion des Eaux du Bassin du Kou. Il s’agit de l’Arrêté N° 97-41/MATS/PHUE/HC/SG du 23 Mai 1997. Le Comité de gestion des eaux du bassin du Kou est composé de 28 membres dont: 13 au titre des usagers; 2 au titre de la commune de Bobo-dioulasso; 2 au titre des autorités coutumières; 2 au titre d’ONG dans le domaine de l’Environnement et du Développement local; 9 au titre des administrations concernées. Ses attributions au terme de l’article 2 de l’arrêté sont:
- rechercher l’adhésion des partenaires à la gestion concertée des ressources en eau du bassin du kou par la sensibilisation, l’information et la formation;
- définir les modalités d’exploitation des ressources en eau dans le bassin du kou par la concertation entre les usagers concernés;
- d’examiner tous les documents spécifiques à l’élaboration et la mise en oeuvre du Schéma Directeur d’Aménagement et Gestion des ressources en eau dans le bassin du kou.
A l’actif de la CPAT/Houet on doit aussi considérer la préparation d’un projet d’arrêté portant définition, délimitation et gestion des périmètres de protection des sources de Nasso. L’arrêté n°97-0009/MEE/SG du 28/05/1997 portant délimitation et protection des sources de Nasso destinées à l’alimentation en eau potable promulgué par le Ministre de l’Environnement et de l’Eau résulte de cette action.
Au total, on doit retenir que les capacités d’initiative et d’action des acteurs locaux ont permis l’émergence d’une institution spécifique et particulièrement importante dans la recherche des conditions pour une utilisation rationnelle des eaux dans le bassin du Kou. En effet, le comité de gestion du bassin du Kou est par excellence une structure décentralisée qui engage les acteurs à exercer et assumer une pleine responsabilité dans la définition et la mise en oeuvre d’une politique de l’eau dans le bassin.
LE COMITE DE GESTION DU BASSIN DU KOU: UN OUTIL PRECIEUX
POUR CONSTRUIRE LA SOLIDARITE ET L’UNITE D’ACTION DANS L’UTILISATION ET LA PROTECTION DES RESSOURCES EN EAU.
Comme déjà souligné, la disponibilité d’une eau abondante et de qualité pour les besoins de la vie, du développement et de l’environnement est un des problèmes importants dans le bassin du Kou auquel les usagers doivent accorder une attention soutenue. Aussi, la vie et l’action du comité doivent-elles être marquées par la volonté et la capacité des acteurs concernés par l’utilisation de l’eau à traduire par des actions significatives la spécificité de la ressource naturelle qu’est l’eau à savoir : l’eau est un patrimoine commun dont la protection, la mise en valeur et le développement dans le respect des équilibres naturels, sont d’intérêt général; son usage doit appartenir à tous dans le cadre des lois et règlements. Tels sont les fondements naturels de la nécessaire solidarité et unité d’action des acteurs de l’eau dans le bassin du Kou.
Il s’agit à présent dans cette perspective, d’engager des actions significatives pour une meilleure connaissance des ressources en eau et des usages, et pour une valorisation économique optimale de l’eau.
Il est proposé pour ce faire, d’animer la vie et l’activité du comité provisoire de gestion des eaux du bassin du Kou autour de la préparation et de la mise en oeuvre de programmes quinquennaux d’actions prioritaires (PQAP).
PROPOSITIONS RELATIVES A LA PREPARATION DU PREMIER PQAP.
Dans le cadre de la recherche de solutions aux problèmes d’utilisation des eaux, l’Administration chargée de l’hydraulique a conduit une évaluation des ressources en eau et définit un schéma prioritaire d’utilisation des eaux dans le bassin du Kou dont la substance peut être ainsi résumée :
Les potentialités en eau de surface et en eau souterraine mobilisables dans le bassin du Kou sont suffisantes pour assurer à court, moyen et long termes la satisfaction des demandes en eau pour les besoins domestiques, agricoles, industriels et pastoraux.
La valeur sociale de l’eau doit être en rapport avec sa valeur économique ; les programmes d’investissement publics auxquels elle peut donner lieu doivent être adaptés à la demande solvable afin d’assurer le recouvrement des coûts d’exploitation, le renouvellement des équipements et le remboursement des emprunts éventuels.
Une attention particulière doit être accordée à la protection des ressources en eau et des écosystèmes aquatiques.
Les priorités de la politique de l’eau dans le bassin sont :
- à court et moyen termes, satisfaire les besoins d’alimentation en eau potable des populations notamment celles de la ville de Bobo-Dioulasso tout en sauvegardant les surfaces aménagées pour la riziculture et la culture des fruits et légumes ;
- à long terme, satisfaire les besoins d’alimentation en eau potable des populations et permettre la mise en valeur durable des eaux notamment dans l’agriculture et l’élevage afin d’améliorer la situation socio-économique des populations du bassin. Tels sont les éléments de base qui ont été pris en compte dans les propositions relatives au premier programme quinquennal d’actions prioritaires et qui s’articulent sur les axes d’intervention suivants :
- la préparation et la mise en oeuvre d’un programme d’économies d’eau dans le bassin ;
- la lutte contre les pollutions accidentelles des eaux ;
- la mise en oeuvre effective des dispositions relatives à la délimitation et gestion des périmètres de protection des sources de Nasso ;
- la préparation et la mise en oeuvre d’un plan d’action pour le développement de la filière fruits et légumes dans le bassin.
La mesure d’accompagnement essentielle d’une telle proposition est naturellement, la définition par le comité, des modalités organisationnelles et financières pour en assumer pleinement la maîtrise d’ouvrage.